Centre-de-retention
11th Nov

Centre de rétention

Un centre de rétention est un lieu de privation de libertés, généralement utilisé pour interner les personnes issues de l’immigration illégale.

Merci, Här President. Dir Dammen an Dir Hären: Ëm wat geet et bei deem Gesetz, wat mer haut stëmmen? Auslänner, déi sech illegal hei am Land ophalen, oder déi, deenen hir Ufro fir Asyl bei eis ofgewise ginn ass, oder Auslänner, deenen de Statut als Réfugié net unerkannt ginn ass, déi mussen de Lëtzebuerger Buedem verloossen. Dat geschitt awer net vun engem Dag zum aaneren.M. Marcel Sauber rapporteur (CSV)
Merci, Monsieur le Président. Mesdames et Messieurs: De quoi est-ce qu’il s’agit aujourd’hui lors de la loi qu’on va voter. Des étrangers, qui séjournent d’une façon illégale dans le pays, ou ceux qui ont introduit des requêtes d’asile qui ont été rejetés, ou des étrangers qui ne sont pas reconnus en tant que réfugiés, et qui doivent quitter le sol luxembourgeois. Ceci n’est tout de même pas faisable d’un jour à l’autre.

An e gëtt natierlech gebaut fir Leit, déi einfach illegal um Territoire sinn, a wou een eben muss probéieren, se esou schnell wéi méiglech dohin zréckzeschécken, vu wou se kommen. Dat ass dee wierkleche But vun deem Centre.le Ministre délégué aux Affaires étrangères et à lImmigration Nicolas Schmit (LSAP)
C’est clair qu’il soit construit pour les personnes, qui circulent simplement d’une manière illégale sur le territoire et alors il faut essayer de les renvoyer au plus vite à leurs pays de provenance. Ceci est le vrai but du centre.

Wat fir eis wichteg ass, dat ass, dass de Centre de Rétention dann elo net soll d’Léisung sinn, wou een all déi Leit dann hisetzt, wou een net weess wouhi mat hinnen. Ech mengen, déi sollen dann och no enger Décision en force de choses jugées do placéiert ginn an et soll net, well mer esou ee Centre elo hunn, eben dann zu méi Réckféierunge féieren.Xavier Bettel (DP)
Ce qui est important pour nous c’est que le Centre de Rétention ne soit pas la solution ou on regroupera toutes les personnes si on ne sait pas où les mettre. Je crois que ces personnes devront être placées après une décision en force de choses jugées et non pas mener à plus de rapatriements.

Le but poursuivi par la construction d’un centre de rétention est clairement celui d’enfermer des personnes nommées “illégales” dans une certaine société, dans notre cas le Luxembourg. Le terme d’illégalité tout en parlant d’un être humain qui partage en principe sa raison d’être avec des milliards d’autres êtres humains de notre planète s’avère exceptionnellement troublant, si on se rend compte qu’en tout cas notre simple existence ne suffit pas pour pouvoir nous légitimer par rapports à nos propres lois.

A travers le débat de 2006 autour du projet de construction, les interlocuteurs parlent constamment d’une nécessité de construire au plus vite possible un nouveau centre afin d’éviter que ces personnes provenant d’autres pays que le Luxembourg soient placés dans le même bâtiment que les détenus du centre pénitentiaire fermé à Schrassig. En fait cette situation a permis une image extraordinaire de notre conception de privation de liberté parmi les individus de notre société. Aujourd’hui on estime que parmi les infractions qui puissent mener à une privation de liberté, donc de l’autonomie de l’individu afin d’organiser sa vie indépendamment (chercher un emploi, faire des études, choisir un chez-soi…) se trouve la migration non-désirée. Évidemment le principe de la libre circulation est consacré dans des traités internationaux, notamment dans le protocole additionnel n°4 à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que dans le traité de Maastricht. Même si bien compris la privation de liberté n’est pas une conséquence d’une infraction pénale, mais le simple refus de tolérer ces personnes sur le territoire du Luxembourg. Il semble aussi que les députés de la Chambre se laissaient guider aveuglement par la recherche d’une meilleure solution. L’intériorisation de la nécessité de créer un récipient pour retenir ou regrouper les personnes visant l’expulsion était encré d’un niveau, que les discussions se limitaient aux modalités du centre fermé.

En tenant compte du débat sans aucune perspective de discussion fondamentale sur la privation de liberté qui enfin ne peut pas être pris à la légère même si certainement la libre circulation des personnes nous semble bien acquis au quotidien.

Afin d’élaborer certains aspects techniques il faudra d’abord préciser que les personnes enfermées vivent dans des chambres de 8 à 12 m2 qui sont fermées à clé pendant la nuit. La durée maximale de détention est fixée à 6 mois, mais la direction du centre de rétention ne conteste pas qu’il y ait des cas où des personnes soient enfermées pendant 18 mois puisqu’ils sont relâchées et de nouveau enfermées.  Personne ne connait mieux ces histoires d’incarcération que Sandie Richards. Sandie est une des porte-paroles du collectif d’action directe “Keen ass Illegal” (Personne n’est illégale). Ce collectif, qui n’est ni une ONG, ni une association, a depuis le début du projet de loi, jusqu’à aujourd’hui, suivi le dossier du centre fermé. Cette expérience a donné au collectif  des connaissances détaillées sur le centre fermé. Surtout un travail de sensibilisation est encore nécessaire. Un centre d’expulsion au Luxembourg, beaucoup de gens ignorent même son existence « Les gens savent très peu de choses au sujet du centre de rétention, ça reste un tabou, on en parle peu au Luxembourg. Avec la crise des réfugiés on parle beaucoup de l’accueil et la volonté pour aider, mais le centre, qui est un lieu d’exclusion et d’expulsion reste peu thématisé » constate Sandie, que nous avons rencontrée lors du Manifestival devant le Centre, au Findel. « C’est un paradoxe, d’un côté que le Luxembourg a accepté d’accueillir beaucoup de Syriens, et d’autre part le centre qui continue à tourner et qui sera même agrandi. Cette situation est autant plus paradoxale parce que beaucoup de pays renoncent à cause du haut coût financier mais aussi humain aux centres fermés et vont dans une direction de foyers ouverts avec des coaches sociaux pour les gens à un départ. »

Mais le collectif s’est aussi spécialisé à collecter des témoignages. Des histoires crues de tentatives de suicide au centre ou encore d’isolation. Dans une société qui a fermé ses yeux vis-à-vis des gens qui sont proches de leur expulsion, une classe politique qui ne se rend pas compte de la problématique, le bien-être et la condition humaine des gens au centre de rétention ne semble pas intéresser grand monde. Avec la volonté d’agrandir le centre et sa capacité, l’absence de monitoring, de contrôle et un accès difficile voire inexistant pour les organisations de relève ou d’aide, la thématique ne va certainement pas se calmer dans les prochaines années. Heureusement que Sandie et ses collègues du groupe “Keen ass Illegal” nous ont déjà manifesté leur volonté de continuer leur lutte.

Pour conclure, la question centrale sur le sujet du centre de rétention reste en suspens tant que nous ne discutons pas ouvertement la mise en pratique de l’humanisme. D’ailleurs nous sommes déjà aujourd’hui fières de prêcher l’humanisme dans le monde, qui ne se dirigera alors pas exclusivement vers des groupes désignés à travers une logique d’hégémonie internationale.

 

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